Le Coin lecture

Coin lecture : La mélodie de Vienne

Ma note :

Pour notre Coin lecture de la semaine, je vous ai choisi un roman autrichien intitulé La mélodie de Vienne (“Der Engel mit der Posaune, Roman eines Hauses” en allemand) et écrit par Ernst Lothar. Ce roman, bien qu’écrit à la fin des années 30, a été publié pour la première fois en anglais en 1944 puis dans sa langue originale en 1946. Pour la France, il n’est paru qu’en 2016 aux éditions Liana Lévi.

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Résumé :

Dans un immeuble cossu de Vienne, en 1888, la famille Alt occupe tous les étages. Leur titre de noblesse ? Le piano sur lequel a joué Mozart, construit par Christoph Alt, le fondateur. Des ateliers sortent encore des pièces exceptionnelles. Une réputation qui leur impose de s’astreindre aux règles de la haute société viennoise. L’arrivée dans la famille de la trop belle Henriette Stein – d’origine juive qui plus est – sème le trouble. La jeune femme plonge dans le tourbillon de fêtes et de création qui s’empare de la ville en cette fin de siècle. Un tourbillon où l’on percevra bientôt les fêlures du rêve austro-hongrois : le suicide du prince héritier, l’assassinat de l’archiduc suivi de la guerre de 14-18, l’essor du mouvement ouvrier, la montée du nazisme…

Mon avis :

La première chose que je peux dire après la lecture du roman est que le sous-titre apparaissant sur la couverture, Le Downtown Abbey de Vienne, est absolument faux. Il s’agit bien d’une saga familiale touchée par les évènements historiques de son époque mais l’auteur ne nous livre pas des intrigues rocambolesques à outrance. Au contraire, comme il le dit lui-même, les quelques épisodes familiaux qui sont racontés dans le livre sont déjà trop nombreux pour être réalistes. Il préfère faire plus de place à l’Histoire avec un grand « H ». Car ce livre a été écrit à la fin des années 30, période à laquelle se termine le roman, et période durant laquelle le destin de l’Autriche fut scellé.

La mélodie de Vienne suit la famille Alt de 1888 jusqu’à 1938. Cette famille vit dans un immeuble construit par Christoph Alt, le fondateur de la manufacture de pianos « C. Alt ». Suite à ses fiançailles avec Henriette, qui elle-même entretient une liaison secrète avec Rodolphe le prince héritier, Franz décide de faire construire un quatrième étage à l’immeuble afin de s’y installer avec celle-ci après l’avoir épousée. Henriette, durement touchée par la disparition de Rodolphe, accepte bon an mal an son nouveau destin et tombe rapidement enceinte de Franz (ou Rodolphe ?) : c’est à ce moment qu’est introduit le personnage de Hans, pour moi le protagoniste principal du roman.

Le roman décrit clairement l’évolution du personnage de Hans : jeune élève dans un établissement prestigieux mais très dur, il va très vite affuter son appétence pour les questions politiques et de société. Par le biais de ses réseaux, il va petit à petit se faire une place dans l’univers du militantisme au grand dam de son père qui souhaite que son fils reprenne l’entreprise familiale. La scène illustrant parfaitement mon propos est celle racontant le mouvement de grève initié par les ouvriers de l’usine « C. Alt » qui revendiquent une augmentation illusoire de leur salaire ; Hans prend leur défense et finit au poste avec eux, son père ayant demandé à la police d’intervenir. Parallèlement, Hans qui n’est pas du tout intéressé par l’idée de reprendre l’usine de son père, décide de se tourner vers les beaux-arts et de passer le test d’admission. Ce moment du roman est particulièrement intéressant car la route de Hans croise celle d’une figure mondialement connue dont le nom sera largement évoqué au fil du roman… Malheureusement pour Hans, il ne réussira pas l’oral d’entrée aux beaux-arts (de même que la figure connue), il se dirigera donc vers la fac où il fera une grande rencontre : Selma.

Entretemps, la famille s’agrandit d’un frère et de deux sœurs : Hermann, Franzisca et Martha-Monica. Hermann est également un personnage important dans l’histoire de cette famille. Sa personnalité diffère en tous points avec celle de Hans : il tient Franz en admiration et embrasse des valeurs très patriotiques, nationalistes et extrémistes même. Lorsque la première guerre mondiale éclate, Hermann, grâce à ses études et à son statut, accède au grade de Lieutenant tandis que Hans ne sera que « simple soldat ». Pourtant, la guerre va marquer ces deux hommes de façon différente : Hermann en veut à son pays d’avoir perdu la guerre tandis que Hans considère que la défaite prouve que la guerre n’est pas la solution et qu’il est temps de s’occuper des maux de l’Autriche. Deux façons de penser qui vont les propulser vers deux trajectoires bien différentes…

Hermann va très vite être séduit par l’idéologie nazie tandis que Hans, après un séjour aux États-Unis, va progressivement s’engager dans la vie politique en prônant le besoin de s’appuyer sur l’Europe pour refaire de ce continent, et donc des pays qui le constituent, la première puissance mondiale. Pendant ce temps, la famille Alt est marquée par différents drames que je vous laisse découvrir mais qui vont profondément toucher et façonner la personnalité de Hans. A mon sens, le troisième livre de ce roman, intitulé La cave, annonce le déclin de la famille Alt. C’est le livre le plus sombre et le moins porteur d’espoir de l’ouvrage. Rien qu’en lisant le titre et avant même de lire la fin du roman je savais que cette famille n’allait pas être épargnée par l’Histoire.

Ce que j’ai préféré dans ce livre est qu’il s’inscrit dans le contexte historique de l’époque durant laquelle il se déroule. J’ai appris beaucoup de choses sur l’Autriche, sa musique, son architecture, sa gastronomie, ses personnages « royaux » et sa participation aux deux conflits mondiaux. Je trouve que l’on n’écrit pas assez sur les pays vaincus autres que l’Allemagne. En outre, j’ai ressenti de façon évidente que l’auteur aime son pays natal, qu’il a été contraint de quitter en 1938 pour les États-Unis, et qu’il cherche à mettre en valeur les atouts de son pays ainsi que sa culture patriotique. En cherchant un peu, j’ai découvert qu’en raison d’une situation socio-économique très mauvaise l’Autriche s’est fait facilement séduire par l’idéologie d’Adolf Hitler. Ce constat est largement décrit à travers les yeux de Hans qui apparaît comme le seul citoyen conscient de la dérive vers laquelle se dirige son pays. La montée du nazisme est de plus en plus prégnante et j’ai ressenti l’oppression qui caractérise cette « tendance » politique. Les conséquences des lois de Nuremberg ne tardent pas à se montrer : en raison des origines juives d’Henriette, l’usine « C. Alt » est considérée comme n’étant pas aryenne et est reprise par les Allemands ; les manifestations pro-nazies sont de plus en plus fréquentes et violentes.

L’épilogue rédigé par l’auteur en décembre 1945 nous apprend que le personnage de Hans est inspiré d’une connaissance de Ernst Lothar. Sans en dire plus, il indique que cet homme a été déporté pendant cinq ans, en est revenu mais n’a pas été détruit psychologiquement. Cette précision m’a rappelé le retour de Hans à la maison suite à la défaite de l’Autriche en 1918. Il a transformé les horreurs qu’il a subies et vécues pendant le conflit pour construire sa pensée de façon cohérente et juste et affiner son côté militant. Il aurait très bien pu se laisser abattre mais grâce à ses convictions mais aussi à Selma, il a commencé à imaginer des solutions viables pour assurer l’avenir de son pays.

Mon verdict :

A lire si vous aimez Vienne, les sagas familiales et l’histoire !

Extrait choisi :

« Ils habitaient, ils habitent, dans une maison contradictoire, ambiguë, tortueuse, sensuelle jusqu’à l’absurdité, magnifiquement belle, dangereuse, centrale, une maison aux fondations profondes et démoniaques, qui est la maison Autriche. Elle repose sur les fondements éternels de la nature humaine, où elle reste à la fois proche de la terre et du ciel. C’est pourquoi elle renaîtra magnifiquement de ses cendres. »

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