Le Coin lecture

Coin lecture : La cuisinière

Ma note :

En ces vacances tranquilles et au calme, j’ai le temps de lire beaucoup de choses et pas forcément des livres qui m’ont énormément plu mais dont je tenais à vous parler car ils peuvent peut-être vous plaire !

C’est le cas du roman, La cuisinière (intitulé Fever en anglais) , écrit par l’auteure américaine Mary Beth Keane en 2013. Il a été publié et traduit en 2014 aux éditions Presses de la Cité.

Résumé :

Immigrée irlandaise arrivée seule à New York à la fin du XIXe siècle, Mary Mallon travaille comme lingère avant de se découvrir un talent pour la cuisine. Malheureusement, dans toutes les maisons bourgeoises où elle est employée, les gens contractent la typhoïde. Mary, quant à elle, ne présente aucun symptôme de la maladie – au contraire, sa robustesse est presque indécente. Un médecin finit par s’intéresser à elle, mais la cuisinière refuse de se soumettre à des examens. Les autorités sanitaires, qui l’estiment dangereuse, l’envoient en quarantaine sur une île au large de Manhattan. Commence alors pour cette femme indépendante et insoumise qu’on appelle désormais « Mary Typhoïde » un combat à armes inégales pour sa liberté…

Mon avis :

Au départ très emballée par cette histoire à la lecture du résumé et des recherches que j’ai faites sur le sujet, j’ai vite déchanté car je ne m’attendais pas à ce que le livre s’attache principalement à raconter la captivité de Mary et son processus de reconstruction. J’aurais aimé que l’auteure s’attarde sur la vie de Mary avant la typhoïde et sur les relations qu’elle entretenait avec les familles pour lesquelles elle avait travaillé et notamment avec les enfants.

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(Mary Mallon avant son arrestation)

Il n’en reste pas moins que le livre est très bien documenté, Mary Beth Keane a mis plusieurs années à l’écrire, et que l’intérêt scientifique qu’il présente n’est pas négligeable. En effet, tel que cela est indiqué dans le résumé (adieu le suspense !), Mary Mallon est le premier cas de porteur sain du virus de la typhoïde identifié par la communauté scientifique. Et nous n’étions qu’en 1909 ! Une véritable percée médicale pour les chercheurs. C’est ce qui m’a tenu en haleine au début du roman d’autant plus que l’époque à laquelle il se situe me plaît beaucoup !

Même si le livre comporte de nombreuses longueurs qui ne nourrissent pas nécessairement l’intrigue principale, le petit suspense consistait à se demander ce qu’il allait bien pouvoir arriver à cette Mary et à son ami-fiancé-époux Alfred. Va-t-elle s’en sortir ? Va-t-elle être libérée ? Va-t-elle se marier avec Alfred ? Je vous laisse le soin de répondre à ces questions par vous-mêmes, en tout cas je vous conseille de ne pas aller jeter un œil à la vie de Mary Mallon sinon…gare aux spoilers !

Un personnage dont je peux vous parler en revanche c’est Alfred justement. Il m’a tellement agacée ! Un vrai boulet que Mary ne cessera de traîner jusqu’à la fin. Comme le dit très bien la quatrième de couverture, Mary brille par sa robustesse – physique et psychologique – ça, on ne peut pas lui retirer. Quelle patience a-t-elle eu pour cet Alfred qui n’a eu de cesse de lui donner du fil à retordre et de lui causer mille tourments ! Cela dit, l’auteure dépeint avec beaucoup de justesse les côtés pervers de la misérable condition sociale d’Alfred. En proie à de nombreux démons, il passe d’une addiction à une autre, sans véritable évolution de sa part et engendrera beaucoup de souffrance chez Mary. Cela ne sera pas sans conséquences pour Alfred qui terminera sa vie comme il l’a toujours menée : seul et dans le noir.

Sur ce plan, j’ai de l’empathie pour Mary mais cela s’arrête là. Lorsque les autorités sanitaires, sous l’égide du vindicatif Dr Sopper, viennent la chercher car elles la soupçonnent d’être atteinte de la typhoïde et de contaminer par la nourriture les personnes autour d’elle, j’étais peinée de voir que Mary n’a même pas eu l’opportunité de se défendre de quelque chose qui somme toute n’était pas avéré d’un point de vue scientifique. En outre, il ne lui a pas été laissé la possibilité de recevoir des visites de son entourage proche sous prétexte qu’elle pouvait les contaminer alors que les médecins avaient clairement identifié la voie de transmission du virus (le corps médical dans son intégralité était de toute façon la preuve vivante que la contagion n’était pas aérienne ou tactile car aucun malade n’a été à déplorer lors de la captivité de Mary). Idem lors du procès… Les passages du livre qui y sont consacrés m’ont rappelé le roman de Jodi Picoult, Mille petits riens, dont j’ai écrit le compte rendu sur le blog au mois de mai. Mary est très vite jugée et condamnée sur la base de preuves pas vraiment solides en termes scientifiques.

Sans vous en révéler plus, il aura fallu d’autres cas de typhoïde pour que je puisse qualifier Mary de criminelle et abandonner tout sentiment de compassion à son égard. Elle sait qu’elle porte le virus en elle et éprouve (parfois) une certaine réticence à cuisiner pour les autres. Parfois, donc pas toujours… C’est là que je ne la comprends plus, se laisserait-elle consumer par un sentiment de fierté mal placée afin de se prouver à elle et de prouver au monde entier qu’elle n’est pas responsable des diverses épidémies de typhoïde sévissant en ville ? Mary finit par l’admettre à demi-mots à la fin de sa vie mais je dirais que c’est un peu tard.

Je terminerai sur le rôle joué par l’inspection sanitaire dans cette histoire. Elle a également une grande part de responsabilité à assumer et pourtant son rôle n’a aucunement été remis en cause… Un scandale de plus mis sous le tapis ou alors peut-être que j’aime la théorie du complot !

Info + : dans l’épisode 21 de la saison 3 de The Big Bang Theory intitulé « The Plimpton Stimulation », Sheldon fait référence à Mary Typhoïde car il soupçonne Raj de couver quelque chose et a peur qu’il les contamine tous !

Mon verdict :

A lire si vous aimez les histoires vraies !

Extrait choisi :

A la fin du roman, le corps médical demande à Mary de raconter sa vie sous la forme d’un journal intime. Elle revient sur un petit garçon, Tobias Kirkenbauer, dont elle s’est occupée et qui a contracté la typhoïde. Voici ses dernières lignes : « Eh bien, ce que je veux désormais dire au sujet de cet adorable petit garçon, c’est que, si le ciel existe et que je l’y rencontre là-haut, j’espère qu’il se souviendra de moi et se précipitera dans mes bras pour me pardonner. »

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